
Depuis un moment j ai délaissé ce blog...Difficile de le remettre à jour! Comment raconter ces dernières semaines, la fin de mon séjour au Maroc et ce retour en Europe. Petite impro entre ici et la. RABAT. Arrivé á Rabat le 6 juin, je suis reparti le 6 juillet. Un mois pendant lequel ma vie de baroudeur á vélo a subitement pris fin. Je ne roulais plus vers mon objectif, j y étais. tout un nouveau rythme beaucoup plus passif, reposant, évasif. Au bout, au but, l errance... introuvable jusque la. Plus de préoccupations quotidiennes: Ou suis-je, Ou vais-je, Ou dormir? Je déambule dans les quartiers de Rabat entre les différentes invitations: un thé à Yacoub el Mansour, le souk à Takadoum, un repas à Agdal, puis retour à Hay Nada. La ville est construite comme un puzzle de pièces aux formes et aux finitions différentes, témoins d'une époque (jusqu'aux romains) ou d'une classe sociale (du bidonville au palais royal!). Rabat est la capitale « royale » : une ville qui attire, et qui doit tenir son rang. Les projets de modernisation, d’occidentalisation ne manquent pas. Certains quartiers populaires jugés trop bien situés (au bord de l’océan) sont menacés (ou en cours) de destructions : spéculations immobilières et images de marques sont les raisons d’un possible sacrifice… 
Le top c’est le tramway : Mise en circulation prévue en 2010 : Ouvrage construit comme une main tendue pour relier Rabat à sa jumelle : Salé ( les 2 villes sont séparées par une rivière), délaissée depuis que Rabat ait été faite reine. En attendant le tramway, pour circuler…rien de mieux que le vélo !
Face aux questions (et maintenant, et après), à la vision de tous ces projets, resurgi l’idée de la suite, du retour ? Le temps semble de nouveau compter, fini l’errance ou c'est l'exclusion. Ne compte, ni ne coûte ce qui est hors du temps. Je me suis finalement mis en tête de rentrer. Rester ? encore de nombreuses choses à voir, à comprendre avant d’envisager cette issue. Retour en Europe… L’eldorado de tant de marocains et d’africains. Avec tellement d’avantage sociaux, de travail, de richesses... Peut-être pour cela le retour. Sur mon visage est inscrite mon identité européenne et plusieurs fois j’ai senti l’attirance que cela suscite (demande de travail, en mariage) bien plus pour ce que l’on représente que pour ce que l’on est. Un rêve donc, que de pouvoir traverser cette minuscule séparation maritime entre Tanger (Maroc) et Tarifa (Espagne) : 14km, 35 minutes de bateau. 
Un simple réveil pour ma part. Maintenant il va falloir de nouveau se débrouiller tout seul ! Plus de pâtisseries pour m’éviter la fringale, ni de thé pour combattre la déshydratation. Heureusement j’ai fait de bonnes réserves. Toujours sur mon vélo, tout en continuant à longer l’océan (moins chaud et avec à tout moment la possibilité d’un plongeon), je reprends la direction du Nord. 5 jours en Espagne sur la Costa de la Luz où j’ai beaucoup roulé sur la plage à marée basse. Des petits bateaux (pour traverser baies, rivières ou estuaires) m’ont évité de grands détours. 
Portugal Passé un nouveau rio, j’atteins le Portugal. Mon amertume lié au retour passe, gagné par la motivation de m’aventurer en terre inconnue…. Pas des anglais… L’Algarve, tout au sud du Portugal. De belles falaises de calcaire coupé ça et là par des criques de sables blancs et fins et l’eau miraculeusement bleue turquoise. Quelques photos envoyées chez les britanniques habitués au duo gris-marron / ciel et mer et voilà le débarquement estival massif. Je suis en plein dedans ! Les petits ruelles, les maisons basses bleues et blanches, les pêcheurs, me confirment que je suis bien en terre lusitanienne. 
Je rejoins le bourg le plus au sud ouest d’Europe (Sagres). Le bout du monde pendant de nombreux siècles jusqu’aux grandes découvertes (l’Amérique). 2 km avant d’arriver : gros ennui technique, mon câble de dérailleur casse. Au bout du monde (aujourd’hui terre de surfeur) un samedi soir, j’attendrais lundi (c’est plus le Maroc !) avant de pouvoir bricoler quelque chose. 
Je repars ensuite au nord et arrive, 3 jours après, à Lisbonne ; la capitale où je me repose quelques jours après 1000 km en une dizaine de jours. Très agréable halte. Une ville très sympa à visiter avec ses 7 collines, la mer de paille (le Tage), ses monuments. 
Difficile de repartir… à vélo. Le vent du nord ( les alizés) souffle, et pas envie de l’affronter. Je souhaitais regager la France ou le nord ouest de l’Espagne un peu plus rapidement, mais les vélos ne sont pas les bienvenus ni dans les grandes lignes de train ni dans les bus. Alors je me lance dans un train-train vélo. Trains régionaux pour quelques kilomètres puis vélo pendant quelques autres. Je traverserai ainsi le nord du Portugal redécouvrant avec plaisir la couleur verte. Cela m’a permis de m’écarter un peu de la mer. Au milieu de tous ses trajets, dans une petite bourgade portugaise au plein centre du pays, j’ai croisé avec beaucoup d’étonnement une « communauté » de voyageurs à vélo. 21 personnes originaires de tout…l’occident en selle depuis 2 mois et se dirigeant vers le sud du Portugal où se tiendra un camp appelé « Ecotopia ». 2 semaines pour réfléchir et savoir comment changer le monde… apparemment ça commence sur un vélo ! 
Retour en Espagne, après avoir de nouveau passé la frontière (une rivière) sur un bateau. De Vigo, je me lance dans une journée complète de train (avec 3 changements) pour arriver à Santander. Pas le seul cyclotouriste à galérer dans les changements. Beaucoup de pèlerins revenant du chemin de Saint Jacques de Compostelle (el camino de Santiago). De Santander, je reprends le vélo, la France me paraît plus accessible maintenant. Reste à traverser la Cantabrie et le pays basque. La mer et les montagnes… Depuis le début du voyage, j’ai plusieurs fois compris que longer la côte n’est pas une garantie pour un terrain plat et roulant. Encore plus ici, j’en ai la confirmation. 
Le vert semble de plus en plus intense, je retrouve d’ailleurs la pluie que je n’avais pas eu depuis 2 mois. Bien qu’ayant passé peu de jours dans le pays basque, j’ai été marqué par leur culture si particulière et bien présente dont le principal témoin est la langue. Incompréhensible pour un latin mais beaucoup utilisée. Cette culture forte semble s’imprégner dans les personnalités à moins que ce ne soit la nature à la fois douce et violente. De bons gaillards mais avec un gentillesse qui me rappellent presque les berbères. Encore une impression plus qu’une vérité. 
Bilbao- San Sebastian... peu à peu voila la France. Au sommet d’une colline (le Jaizkibel : 547 m vraiment au dessus de la mer) apparaît la frontière. Côte espagnole une côte très accidentée, côte français tout semble lisse : le Golfe de Gascogne. 
Voilà la France le 31 Juillet. Hendaye, Saint Jean de Luz, Biarritz, Bayonne (les fêtes commencent), Saint Jean pied de port. Je suis resté 3 jours dans le pays basque côté français, le temps de voir que la frontière n’avait pas endigué la culture. Beaucoup de jeunes parlent le basque, et le fronton (le terrain ou l’on joue à la pelote basque) tient une place centrale dans les villages. 
Je décide de rentrer à Montpellier en évitant les Pyrénées. Je redécouvre la France rurale et vallonnée (le Béarn, le Gers), son agriculture intensive et ses villages désertés, qui semblent parfois abandonnés. D’autres, au contraire, s’activent pour préparer les fêtes estivales. A Marciac, je m’endors sous fond de jazz, à Samatan (capitale du foie gras) sur un air d’accordéon. 
Au sud de Toulouse, ma route croise celle du canal du midi. Le canal file vers la mer, autant le suivre. Je passe Carcassonne où je renonce à visiter la cité médiévale envahie par la foule. Je quitte le canal avant Béziers pour ne pas rentrer par le même chemin, que celui par lequel j’avais démarré quelques mois avant. 
Je passe par le minervois et ses vignobles, le raisin semble prêt à être vendangé. La fin aussi d’une longue maturation. 
J’ai plutôt un vent favorable ce qui me mène plus rapidement à Montpellier. J’arrive le 8 août après un peu plus de 7000km. |